Sénateur Hugues Portelli


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Edmond Dantès

Ecrit le 19-01-2010

 

Il y a dix ans, Bettino Craxi mourrait « en exil », à Hammamet, en Tunisie. Celui qui avait été le chef incontesté du parti socialiste italien dans les années 1970-80 et l’homme clé des dernières années de la République partitocratique, exerçant trois ans la fonction de chef du gouvernement (1983-86) et imposant durant cette période sa politique et ses alliances à la Démocratie chrétienne, est mort exilé volontaire pour échapper à la justice de son pays. Personnage emblématique de l’opération Mains propres pour avoir piloté la mise en coupe réglée de l’économie italienne pour financer son parti (et les autres) et condamné à des dizaines d’années de prison par contumace, Craxi avait vu s’effondrer en quelques mois tout ce qu’il avait bâti : son parti, dont il été devenu le patron tout puissant aux débuts des années 1970, dont tous les grands et petits élus étaient mis en examen, a été balayé dès les élections de 1994, et son personnel politique mis au ban.

Depuis Hammamet, Craxi envoyait chaque semaine un billet dans ce qu’il restait du quotidien socialiste l’Avanti sous le pseudonyme d’Edmond Dantès avant de décéder le 19 janvier 2010. Que reste-t-il du craxisme, qui avait, à son apogée, rassemblé un courant intellectuel dynamique fondant un social-libéralisme moderne dix ans avant Tony Blair, et torpillé l’aggiornamento idéologique du parti communiste ? En fait l’effondrement de la partitocratie a emporté avec lui toutes dimensions innovantes du craxisme, ne laissant dans la mémoire que la corruption généralisée et le cynisme politique.

Mais c’est la créature que Craxi avait inventée, Silvio Berlusconi, qui a récupéré l’héritage.
Grand bénéficiaire de la libéralisation de l’audiovisuel par Bettino Craxi qui lui permit de construire son empire médiatique, Berlusconi, conseiller et ami du chef du PSI (qui fut le témoin de son second mariage), s’engouffra dans la brèche ouverte par la disparition du PSI et de la Démocratie chrétienne pour se lancer en politique et rafler la mise. Indifférent à l’idéologie et aux controverses doctrinales, récupérant le discours anticommuniste au moment où le communisme disparaissait, Berlusconi réalisait le rêve de Craxi d’un grand parti dominant en évacuant toute dimension social-démocrate. Le berlusconisme a marqué la fin du financement illégal des partis puisque Forza Italia est la propriété personnelle de l’homme le plus riche d’Italie, mais signé le développement sans précédent de la corruption personnelle, les institutions étant mises à sa disposition pour le protéger de la justice : l’effondrement de la partitocratie n’a pas permis de « nettoyer » la politique italienne de la corruption : il lui a fait franchir un degré en faisant du cynisme la règle d’or du rapport au citoyen.

Jamais un chef de gouvernement n’avait fait l’objet d’autant de procédures judiciaires pour corruption et toute réflexion sur l’héritage du craxisme doit partir de ce constat : à trop utiliser le cynisme comme un moyen, vient le moment où il devient une fin en soi.






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