Pourquoi les Français ne s’intéressent-ils pas aux élections européennes et comment peut-on enfin les y intéresser ?
Depuis les premières élections du parlement européen (en 1979) marquées déjà par un fort taux d’abstention (38%), l’intérêt n’a cessé de décroître pour culminer en 2004 avec un taux d’abstention de 57%. Cette indifférence fait de surcroît le jeu des formations extrémistes puisque les extrêmes de gauche et de droite ont toujours réalisé des scores très élevés au détriment des partis de gouvernement.
Ce désintérêt classe les élections européennes dans la catégorie des élections considérées comme sans enjeu par le citoyen, ce qui se traduit par la non-participation et par un vote de défoulement contre le pouvoir en place, et, plus généralement, contre les partis qui participent au fonctionnement des institutions européennes. Faute de mobiliser les pro-européens, la place est libre pour un vote protestataire et anti-européen dont bénéficient des formations habituellement laminées par le vote « utile » des élections à enjeu au scrutin majoritaire.
Comment l’expliquer, et surtout comment expliquer que ces élections soient perçues comme sans enjeu ?
D’abord et surtout parce le parlement européen reste une institution inconnue dont on ne parle que quelques semaines tous les cinq ans. Le citoyen européen ignore tout de son rôle essentiel dans l’élaboration de la législation européenne (qui forme la majorité des règles en vigueur aujourd’hui en France) : ses travaux ne sont suivis et relatés par aucun media écrit ou audiovisuel. Quant aux députés européens, leur lien avec leur électorat est inexistant, notamment du fait du mode de scrutin qui favorise l’élection d’apparatchiks de partis ; quant des personnalités nationales sont élues, il est rare qu’elles demeurent au parlement européen plus que quelques mois car elles sont incapables de résister aux sirènes de la vie politique nationale.
Ce qui est la règle pour le parlement européen vaut pour les autres institutions européennes, toutes aussi inconnues du grand public. Ces dernières années, il a fallu le volontarisme de la présidence française de Nicolas Sarkozy pour que l’on parle de l’Europe, et d’ailleurs davantage pour parler du rôle du président français et des rencontres intergouvernementales qu’il a suscitées que pour traiter du rôle des institutions européennes.
Si l’on veut rompre avec cette tendance permanente, qui dévalue le poids des institutions politiques de l’Europe et renforce de ce fait le pouvoir des institutions de l’ombre (Cour de Justice de Luxembourg, Banque centrale de Francfort), il faudra d’abord que l’on accorde aux premières l’importance qu’elles méritent, ne serait-ce qu’en mettant leur action sous les projecteurs, à la télévision, dans la presse, dans le débat public.
Faute de quoi, le pouvoir de l’Europe ne diminuera pas, contrairement à ce que croient les anti-européens, mais sera concentré loin des regards, dans les technostructures juridiques et financières, dans les lobbys économiques, renforçant en réaction les phénomènes de rejet populistes.
La courte campagne des élections de juin prochain ne parviendra pas à inverser la tendance. Mais si l’on veut stopper la course à l’indifférence désabusée, il faut qu’elles soient enfin le point de départ, et notamment dans les medias, d’un traitement permanent et de qualité de la vie politique européenne. Peut-être les citoyens découvriront-ils alors que ces élections ont un véritable enjeu, même s’ils n’en avaient aucune conscience.