Les élections européennes du 7 juin permettent de tirer deux enseignements du vote.
Le premier est la fragilité des résultats.
D’abord, la participation a atteint des records d’abstention (60%°), notamment dans les milieux populaires et chez les jeunes, qui sont déjà les catégories qui participent le moins. Il est donc difficile d’extrapoler pour d’autres types de scrutin, à commencer par l’élection présidentielle où le taux de participation est plus du double de celui enregistré le 7 juin 2009.
Par ailleurs, le choix des électeurs a été très tardif. Outre la brièveté de la campagne, près de la moitié des électeurs, si l’on en croit les sondages sortie d’urnes, se sont décidés la semaine précédant le vote, et une bonne partie de ceux-ci la veille ou le jour même du scrutin. Cela démontre une volatilité extrême des électeurs, notamment dans le segment du centre-gauche et de la gauche.
D’autre part, il s’agissait d’un scrutin à un tour. Pour un tel scrutin, l’objectif est de rassembler son électorat sans se poser la question des reports de voix ou de l’attractivité au-delà de son électorat de base. Il est évident qu’il en va différemment dans des élections à deux tours, où le score – et la campagne – du premier tour ne doivent pas faire obstacle à un rassemblement plus large au second tour.
Enfin, les élections européennes sont considérées – à tort – comme des élections sans enjeux, qui favorisent le zapping électoral ou le vote protestataire. Elles avaient jusqu’à présent favorisé les écologistes, l’extrême-droite et l’extrême-gauche et les chasseurs au détriment des partis de gouvernement. Le succès de l’UMP, dans ces conditions, est particulièrement remarquable.
Second enseignement, le scrutin place face à l’UMP quatre courants d’opposition qui n’ont rien en commun.
L’UMP domine l’échiquier grâce à une campagne particulièrement réussie qui s’est appuyée sur deux slogans porteurs (le bilan très positif de la présidence Sarkozy de l’UE et le refus de l’adhésion turque, qui montrait que l’on peut intégrer l’OTAN sans s’inféoder aux Etats-Unis), sur le rassemblement de la majorité présidentielle et sur d’excellents candidats.
Face à elle, quatre blocs sans liens et compatibilité entre eux : l’extrême-gauche, divisée sur tout (les partis, la stratégie comme le programme) ; le parti socialiste (qui paie ses divisions, son absence de leadership et de projet) , le Modem (victime de la mégalomanie de son leader, qui a mené une campagne anti-Sarkozy aux tonalités lepénistes alors que son électorat attendait la campagne européenne traditionnelle à cette famille politique) et les Verts : ceux-ci ont su utiliser à fond leurs atouts classiques (susciter le zapping d’une élection sans enjeux) et leur carte maîtresse du scrutin : la personnalité de Daniel Cohn-Bendit : une présence médiatique remarquable, un vrai projet européen et un discours en phase culturelle avec les classes moyennes émergentes. Mais cette réussite risque d’être éphémère, si ce courant n’est pas capable de résister à ses divisions endémiques surtout si son leader renonce à capitaliser son succès.
Ces quatre courants ne peuvent en aucun cas se fédérer, sur un programme et sur un nom, sinon partiellement et le fait qu’aucun ne domine favorise leur division et leur rivalité.
Les régionales de 2010 permettront de vérifier si les tendances révélées le 7 juin se confirment et d’amorcer des stratégies d’alliance du fait du second tour. Mais dès à présent, le scrutin européen a permis de montrer au grand jour les forces et les faiblesses de chacun et de ramener certaines ambitions à leurs justes proportions.