Beaucoup de propos définitifs ont été tenus à propos du vote Front national aux cantonales.
La première évidence est qu’avec une abstention aussi massive, la forme de rejet la plus notable est ce refus d’une majorité de citoyens de s’intéresser au vote, même si l’on sait que l’enjeu est limité par la disparition programmée des conseillers généraux. Le FN n’a pas fait plus de vote que d’habitude, simplement ses électeurs se sont abstenus un peu moins que les autres.
Et justement cette participation plus forte des électeurs FN montre bien la nature de ce vote : bien sûr il y a une part incompressible de vrai vote d’extrême-droite, par adhésion à l’idéologie intolérante, xénophobe et raciste de cette famille politique.
Mais le gros des électeurs FN est mû par d’autres motifs :
D’une part le rejet du personnel politique traditionnel, jugé incapable de répondre aux préoccupations quotidiennes de cet électorat qui se considère abandonné : le chômage, l’insécurité, le mal-être. La gauche et la droite alternent au pouvoir mais les problèmes ne changent pas et restent irrésolus, alors voter FN c’est protester contre des « représentants » qui ne représentent pas (combien d’élus issus des classes populaires ?) et qui sont jugés incapables de résoudre les problèmes des gens.
D’autre part la recherche d’’un exutoire, d’un bouc-émissaire sur qui reporter ces problèmes : l’immigré supposé la source de tous les maux, du travail qu’on ne trouve pas à l’insécurité dans les cités.
A ces électeurs on ne peut pas répondre uniquement en termes éthiques : il faut leur dire que les élus FN ne valent souvent pas mieux que ceux qu’ils critiquent : qu’ils sont même pires comme le montre la façon dont se sont terminées les gestions municipales des rares villes « gérées » par le FN comme Toulon ou Vitrolles (favoritisme, détournement de fonds publics, prise illégale d’intérêt, etc..). Il faut leur montrer que les emplois assurés par les immigrés sont souvent ceux que beaucoup refusent de faire, et notamment les travaux manuels ou pénibles. Et que pour un délinquant d’origine immigrée combien y-a-t-il d’immigrés et d’enfants d’immigrés qui ont réussi, qui ont grimpé dans l’échelle sociale et se sont « intégrés » sans faire problème dans une société dont ils partagent les valeurs et qui demandent que l’on soit sans faiblesse envers ceux dont le comportement les stigmatise et les déshonore?
Par contre nous devons être sans concession envers les responsables et élus FN et refuser d’avoir la moindre complaisance (notamment électorale) envers eux. Car ces politiciens d’extrême-droite, eux, ne sont pas des naïfs et n’ont pas d’excuses : et avec eux nous n’avons rien de commun, ni en termes de valeurs, ni en termes de projet.