Le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN n’a pas passionné l’opinion même s’il a fait quelques vagues dans le personnel politique.
Ce retour, souhaité par François Mitterrand et amorcé par Jacques Chirac, avait été freiné par la politique de l’administration Bush, et notamment la seconde guerre d’Irak, qui a profondément divisé le monde occidental.
Il était inéluctable pour plusieurs raisons.
La première est le changement complet du contexte géopolitique mondial : le monde de 2009 n’est plus celui de 1948, année où l’Alliance atlantique est fondée. Destinée à rassembler les forces du monde occidental face à l’offensive communiste en Europe (mise en place de « démocraties populaires » contrôlées par les partis communistes et l’Armée Rouge) avant que l’Asie prenne le relai (prise du pouvoir communiste en Chine en 1949 précédant la guerre de Corée en 1951), l’Alliance et son bras armé, l’OTAN, permettent d’unifier la stratégie occidentale face à un monde communiste menaçant.
Cette menace demeurera jusqu’au début des années 1980, comme le montrent l’intervention en Tchécoslovaquie en 1968 puis l’implantation des euromissiles en 1977.
L’effondrement du système communiste en 1989 prive l’Alliance d’ennemi et affaiblit du même coup ceux qui la critiquaient de l’intérieur. Mais les événements de Yougoslavie, les crises du Moyen-Orient, le développement du terrorisme islamiste ont placé le monde occidental face à de nouveaux défis qu’il a été jusqu’à présent incapable d’aborder uni du fait de l’unilatéralisme de l’administration américaine. L’Alliance atlantique est-elle l’instrument capable de rassembler les forces face à ces nouvelles menaces : aucun de ses membres n’a trouvé en tout cas d’alternative à cette structure qui a fait ses preuves.
La seconde raison est l’incapacité de la France à conduire une stratégie autonome ou à construire une défense européenne. La stratégie autonome n’a été qu’un discours que ne pouvaient relayer des moyens militaires (et financiers) suffisants. Même au plus fort du discours nationaliste gaullien, la France n’a jamais rompu les liens militaires avec l’OTAN. Quant à la tentative de constituer une défense européenne (dans le cadre de l’Union de l’Europe Occidentale notamment), elle s’est heurtée au refus des principaux partenaires (Allemagne, Royaume-Uni) de concevoir cette défense autrement qu’intégrée dans l’OTAN, même après la chute du communisme.
La troisième est le déclin militaire de la France, incapable de maintenir une défense nationale d’un niveau suffisant. Disposant de moyens financiers limités, la France n’a pu se doter des instruments de sa politique : le destin piteux des porte-avions, les effectifs trop limités de l’aviation, la difficulté à maintenir une présence africaine, le coût disproportionné, compte tenu du budget disponible, d’une dissuasion nucléaire, dont on n’a pas clairement défini le rôle depuis la fin du communisme, sont autant d’éléments qui illustrent une crise globale de la stratégie militaire.
La France ne regagne pas le giron de l’OTAN la tête haute. Elle tire les conséquences d’un double échec : celui de concevoir une alternative à l’atlantisme et d’être autre chose qu’une puissance régionale.