La grève qui a paralysé certaines universités depuis des mois est peut être en train de se terminer. Elle aura constitué un phénomène suicidaire sur lequel on peut légitimement s’interroger.
La réforme Pécresse de l’enseignement supérieur a consisté à donner davantage d’autonomie aux universités dans leur gestion. Elle a aussi permis d’intégrer la formation des professeurs des écoles à l’université. Elle a également centralisé le pouvoir de décision dans les campus.
Tout n’était pas parfait dans cette réforme, notamment dans la mesure où les pouvoirs donnés aux présidents d’université étaient excessifs, mais elle a été négociée avec la gauche universitaire, qui a été la grande bénéficiaire des élections dans les campus. La contestation qui a paralysé de nombreuses universités durant toute l’année scolaire est d’autant plus étonnante que le gouvernement a cédé sur plusieurs points essentiels (statut des enseignants-chercheurs, suppression de postes). Ajoutons que la plupart des grévistes ont pu continuer d’autant plus tranquillement leur grève qu’ils ont continué à être payés, contrairement aux principes élémentaires du droit du travail ! On peut d’ailleurs se demander ce qu’ont fait les présidents d’université, bardés de pouvoirs considérables depuis la réforme, pour empêcher le paiement des heures de grève.
En fait, le conflit n’a pas opposé la gauche et la droite, mais a mis aux prises la gauche réformiste, qui contrôle la majorité des présidences d’université et s’était accommodée de la réforme, et la gauche radicale, désireuse de se refaire une santé en défendant les mots d’ordre les plus corporatistes et les plus démagogiques, sur fond d’une crise économique dont les jeunes sont les principales victimes.
Mais cette grève suicidaire, qui anéantit une année scolaire et aboutira dans beaucoup de facs à l’obtention de diplômes au rabais qui ne vaudront pas cher sur le marché du travail, crée ce que ne veulent pas universitaires et étudiants : une hiérarchie de fait entre universités (celles qui travaillent et celles qui font grève), et surtout entre universités (toujours plus mal vues) et grandes écoles. Est-ce vraiment ce que voulaient ceux qui se sont faits entraîner dans une grève sans issue puisque la loi Pécresse sera de toute façon appliquée.
Ce mouvement qui a manipulé la jeunesse étudiante est l’exemple même d’une politique anti-jeunes, en dévalorisant les études universitaires au profit des grandes écoles et des universités élitistes. Celles-ci continueront à écraser les universités moyennes en s’appuyant en plus sur l’image de sérieux que cette grève leur aura donné sans qu’elles aient eu besoin de faire la moindre campagne de promotion.
Est-ce vraiment ce que voulaient les grévistes ou ceux qui les ont laissé faire ?